Les confidences extraordinaires du Professeur Bang

17 juillet 2017

Françaises, Français, ne partez pas en vacances !

Depuis quelques jours, le temps est venu où il fait, paraît-il, un peu plus beau que le reste de l'année (sauf la période de 2012 à 2017 où François Hollande nous a porté la schkoumoune, question météo), et où certains se sont sentis obligés de partir en vacances, pendant que d'autres y songent, en comptant les jours qui les en séparent.

Désolé de casser l'ambiance, mais là je m'insurge.

Les vacances sont la partie la plus stupide de l'année, et je pèse mes mots.

Alors voilà, dès qu'arrive la fin du mois de juin, sous prétexte que depuis 1936 la canaille socialiste a eu l'idée de forcer les patrons nourriciers à payer les ouvriers à ne rien foutre pendant une partie de l'été, le citadin n'a plus qu'une seule idée en tête : se précipiter sur les plages au milieu des Allemands, au pied des montages avec les vaches, ou s'emmerder chez tata Ginette, paumé au milieu de la campagne, tout ça au lieu de bosser, et après on se demande où va la France.

Les vacances sont la conséquence désastreuse du laxisme des gouvernements faibles face aux revendications ahurissantes des syndicats, et permettent désormais à n'importe quelle feignasse de tourneur-fraiseur d'accéder en marcel et en tongs à des endroits où, aux bons temps, on ne pouvait accéder qu'en Rolls et en smoking.

Et quand on leur demande pourquoi, à tous ces aspirants vacanciers, le grand mot est lâché : ils veulent du soleil. Et pour quoi faire, je vous pose la question ?

D'abord, le Soleil c'est très surfait. Après tout, ce n'est qu'un gros machin rond impossible à regarder en face, qui tourne bêtement autour de la Terre, et j'aimerais bien qu'on me démontre le contraire. Si le Soleil peut parfois dessécher plus rapidement quelques vieux, permettant ainsi de faire de substantielles économies aux caisses de retraite, à part ça je n'en vois pas trop l'utilité, alors hein bon.

Par contre, le Soleil ramollit le travailleur qui, dans une douillette quiétude, loin de son marteau-piqueur ou de son chef de rayon, se laisse aller à la dérive somnolente du farniente matinal, ne levant une timide paupière qu'à l'approche de l'Ami Ricoré, et dont le torse huilé est une agression à toute forme d'esthétisme ; puis lorsque revient le temps de reprendre le labeur qui seul justifie son existence, il n'est plus qu'une larve ahurie dont le cerveau ramolli n'est peuplé que d'images de plages de sable fin totalement hors de propos avec les aspirations de celui qui le nourrit : son employeur. Sans compter qu'il pèle du front.

Alors je vous vois venir, et vous allez me dire que le Soleil n'est pas tout, et que les vacances ça peut être aussi le dépaysement, le changement d'air, la détente loin du quotidien, et youkaïdi youkaïda.

Désolé, mais je redis non. Car enfin, vous préférez quoi ?

La mer, où des Hollandais rouges comme des drapeaux chinois vous balancent leur sable en secouant leur serviette à l'effigie de la reine Béatrix, et où des enfants vous escagassent les coups de soleil à coups de frisbee, quand ce n'est pas de ridicules boules de pétanque en plastique ?

La montagne, où vous ne pouvez même pas trouver de la 4G pour consulter vos mails devant cette rivière à la con qui fait un bruit d'enfer et vous empêche d'écouter votre messagerie ?

La campagne, où tata Ginette, qui certes vous héberge gracieusement, vous oblige en contrepartie à assister à la foire aux bestiaux de Laissac (Aveyron - canton de Lot-et-Palanges) et à goûter ses tripoux maison ?

Vous trouvez que ça vaut le coup de se traîner des heures dans les bouchons dès la sortie de Vierzon avec ces cons de gosses qui râlent à l'arrière, même qu'une bonne paire de baffes ça les calmerait (et vous aussi, par la même occasion) ?

Mes chers compatriotes, alors que vous pouvez contribuer à l'effort national de redressement de notre Patrie, je vous en conjure, renoncez à vos congés cet été.

Ainsi je forme le voeu sincère et légitime de voir bientôt se lever le bon grain de la réussite sur les champs arrosés de la sueur du travailleur, dont le bras rejettera l'ivraie de l'oisiveté tentatrice (chauve) et participera au redressement productif de la France. 

 

Posté par Professeur Bang à 16:11 - Commentaires [0] - Permalien [#]


27 mars 2017

Cabinet Noir

La nuit est déjà tombée depuis bien longtemps, en cet automne sinistre, et la bruine lèche désagréablement le visage des quelques rares passants qui pressent le pas pour rentrer se réfugier chez eux, au chaud.

Un homme vêtu de gris se présente, furtif, devant le gardien de la grande bâtisse. Il lui glisse un mot à l’oreille en veillant à ne pas se faire repérer. Le gardien regarde à droite et à gauche, et lui fait signe de passer après avoir entrouvert une petite grille, jusque là difficile à discerner dans le brouillard qui tombe. Puis, il referme vite la porte et continue de guetter.

Une autre silhouette approche de la grille, puis une troisième. Seule la Lune les éclaire, les lumières de la rue ayant été éteintes pour on ne sait quelle raison.

Au loin, quelques bruits de moteurs montrent que dans la grande ville, la vie continue, mais sans pour autant troubler la quiétude de cette heure où tout semble tourner au ralenti.

Les ombres sont désormais réunies dans le parc, près de l’entrée arrière du Palais. Visiblement, ces personnes se connaissent, et attendent qu’on vienne leur ouvrir. Une chouette ulule dans le silence du parc, et l’un d’eux se retourne, frissonnant.

Mais bientôt, la lumière du rez-de-chaussée du Palais s’allume ; un personnage  s’avance et leur fait signe d’entrer. C’est un petit bonhomme sans grâce à lunettes, boudiné dans un costume trop étroit, et portant encore une cravate incongrue à cette heure avancée de la nuit.

Sans un bruit, les trois ombres furtives le suivent, deux hommes et une femme ; ils atteignent une pièce en sous-sol meublée de bureaux métalliques sur lesquels sont disposés des écrans, des casques, et des magnétophones à bandes. Ils prennent place autour d’une table, seulement éclairés par trois petites lampes de bureau qui répandent une lumière blafarde. Nul bruit ne vient troubler cette ambiance studieuse, mais sinistre.

- Personne ne vous a vus entrer ? demande le maître des lieux.

Les trois invités répondent par la négative, et le petit bonhomme a l’air satisfait, et rassuré. Il enchaîne :

- Alors, quoi de nouveau depuis notre dernière réunion ?

- D’après l’institut de sondage que je dirige, Fillon devrait gagner la primaire.

- Etonnant, mais bon, admettons.

La femme prend la parole :

- Je peux préparer un dossier sur lui pour fin janvier : j’ai l’appui de sa femme, qui ne veut pas qu’il soit élu, et qui nous donnera des infos.

- Merci, madame la Procureure.

Le troisième, jusqu’ici silencieux et qui prenait des notes, intervient enfin :

- Quant à moi, monsieur le Président, je n’ai plus qu’à publier tout ça quand vous me le demanderez. Mais, en échange, puis-je avoir une information ?

- Dites toujours...

- Est-ce que vous allez vous représenter ?

- Evidemment : sinon pourquoi organiserais-je tout ça ?

 

IMG_9011

 

 

Posté par Professeur Bang à 16:10 - Commentaires [4] - Permalien [#]

16 janvier 2017

Conseils utiles pour aider à lutter contre les frimas



La neige est détestable : c’est froid, c’est mouillé, ça glisse, et ça amuse les enfants. Toutes raisons pour lesquelles elle devrait être interdite.

Le froid est l’ennemi de l’espèce humaine. Dans les bureaux, l’Homme ne peut se concentrer sur sa tâche en raison du bruit que font ses dents qui claquent. L’encre gèle dans les stylos, et le café tombe en paillettes au fond de la tasse. L’aspect bleuâtre de l’employé de bureau intrigue ; le médecin légiste l’examine, préoccupé ; il est temps de songer à allumer le poële. On voit par là que l’Homme est astucieux, ce qui le distingue du dinosaure, qui a disparu, dit-on, parce qu’il n’avait pas de poële à charbon.

L’humidité perturbe les relations de voisinage. Les ménagères hésitent à se mouiller jusqu’aux cuisses pour traverser la rue lorsqu’elles veulent parler à la voisine ; les gouttières font ploc ploc dans les jardins des voisins ; des huissiers de justice en imperméable viennent constater la chose et signifier des assignations ; les enfants jouent beaucoup moins longtemps dans les caniveaux ; les chats passent la matinée sous les couettes au lieu de chasser les lézards, au demeurant peu nombreux à cette époque de l’année ; les marchands de bottes se frottent les mains après avoir ôté leurs gants.

La neige ne glisse que lorsqu’elle est arrivée au sol. C’est scientifique. Nul n’a jamais réussi à glisser sur de la neige en suspension, c’est ainsi. Ne me demandez pas pourquoi. Afin d’éviter les désagréments de la neige qui glisse, évitez donc les endroits où elle est tombée. En janvier, préférez par conséquent une plongée à Rangiroa : c’est humide, mais supportable et les poissons sautilleront joyeusement autour de vous, contrairement à la ménagère que ses bottes rendent moins agile.

Rien dans l’existence n’est plus odieux, à part peut-être les lardons dans la carbonara, que la joie dans les yeux d’un enfant. Ces êtres inachevés bouffis d’égoïsme stupide et gavés de macdos gras, se ruent sur la moindre plaque de verglas pour s’y élancer, se rêvant médaillés olympiques. Puis, ils sautent au cou de leurs parents pour leur administrer d'autorité un baiser froid, humide et chargé de microbes ; de retour au logis, les parents toussent ; ils gémissent sous le feu qui monte à leurs tempes ; puis, ils s’éteignent tristement sous la grippe, après avoir reçu l’extrême-onction des mains du prêtre dont l’étole est couverte de neige ; le notaire réunit la famille et ça fait des histoires.

On voit par là que, face aux intempéries qui s’annoncent, il faut penser à allumer le poële à charbon, acheter des bottes, et partir sous les tropiques. Mais sans les enfants.

 

 

 

Posté par Professeur Bang à 11:39 - Commentaires [3] - Permalien [#]

07 octobre 2016

L'erreur du 29 octobre 4004 avant JC



L’homme est plein d’imperfections, ce qui d’ailleurs n’est pas étonnant quand on songe à l’époque où il a été créé.

A cet égard, il convient de se reporter aux travaux du regretté James Ussher (1581-1656), théologien protestant irlandais qui, aux termes de longs et fastidieux travaux, avait très sérieusement déterminé l'âge de la Terre en sa basant sur les indications de l'Ancien Testament, en situant la Création dans la nuit précédant le dimanche 23 octobre 4004 avant Jésus Christ (dans le calendrier julien). Compte tenu du fait que c'était le lendemain d'un samedi soir, on peut raisonnablement penser que cette Création n'est pas intervenue avant au moins 10 heures ou 11 heures du matin (Dieu n'ayant pas encore inventé le café).

Au premier jour, Dieu sépara la lumière des ténèbres. Bon, jusque là, rien que de très normal, sinon il aurait eu du mal à s’y retrouver, et pour tout dire, ça aurait été un beau bordel.

Au deuxième jour, Dieu sépara les eaux du bas de celles du haut. On ne va pas le critiquer sur ce point car s’il ne l’avait pas fait on aurait tout pris sur la gueule. Notons tout de même que ce n’est que bien plus tard que l’homme inventa la douche.

Au troisième jour, Dieu repoussa l'eau pour faire apparaître la terre sèche. On voit par là qu’Il avait un certain sens pratique mais qu’il aurait peut-être pu y penser plus tôt. S’il n’avait pas mis toute cette eau partout la veille, il n’aurait pas été obligé de la repousser. Sans compter qu’à cette date, il est établi que personne n’avait encore pensé à inventer la serpillière.

Au quatrième jour, il plaça le Soleil dans le jour et la Lune et les étoiles dans la nuit, et spécifia leur rôle de signes pour déterminer fêtes et saisons. Notons à cet égard que la Lune présente un avantage évident sur le Soleil puisqu’elle éclaire la nuit, alors que l’éclairage que produit le Soleil ne sert strictement à rien puisque lorsqu’il est là, il fait jour.

Au cinquième jour, Dieu créa les créatures aquatiques et les créatures ailées. Nul ne sait en revanche à quel moment il inventa le poisson volant, mais il y a fort à parier que c’était en fin de journée. On sent la fatigue. Quant à l’invention du homard et de l’huître, elles ne peuvent avoir été conçues que par un esprit particulièrement dérangé : on n’a pas idée d’inventer des trucs pareils.

Au sixième jour, Dieu créa les créatures terrestres, incluant par conséquent l'Homme. Et comme c’était un samedi, il inventa la femme afin qu’elle aille faire les courses.

L’homme est un être délicieux, le roi des animaux. L’homme naît bon, et ce n’est qu’à l’âge de six ou sept mois que ça se gâte. On le dit féroce, mais c’est très exagéré : il ne montre de férocité qu’à l’encontre de ceux qui sont hors d’état de se défendre. Ce n’est donc que dans ses derniers retranchements, et certainement pas de gaîté de coeur, qu’il invente de quoi faire sauter la planète. Parfois, il invoque son Créateur pour le prendre à témoin de ses exactions, en prétendant qu’il agit suivant Sa volonté, mais on peut raisonnablement se demander si ce n'est pas un prétexte.

En fait, tout allait bien jusqu’au premier samedi du monde, le samedi 29 octobre 4004 avant Jésus-Christ.

Puis, le septième jour, Dieu se reposa, mais finalement il aurait été mieux inspiré de commencer par là.


 

 

Posté par Professeur Bang à 17:15 - Commentaires [1] - Permalien [#]

23 mai 2016

Chacun chez soi et les Autrichiens seront bien gardés




L’Autriche est appelée ainsi parce qu’elle est principalement peuplée d’Autrichiens. On voit par là que la langue française est parfois pragmatique, et qu’elle ne manque pas d’une certaine logique, de sorte qu’il nous est permis de savoir au moins où se trouvent les Autrichiens.

Un certain nombre d’Autrichiens se regroupent dans une ville dénommée Vienne, pour qu’on la confonde avec un département français ou une sous-préfecture de l’Isère. Voilà un premier signe de la duplicité de l’Autrichien, qui devrait nous mettre en garde.

Le charme de Vienne est décadent, et la ville est peuplée de grosses dames gloutonnes qui avalent des gâteaux à la crème ressemblant à leurs églises, en essuyant leurs joues sucrées avec des mouchoirs en dentelle tyrolienne, tandis que leurs maris surveillent les Slovaques qui taquinent le brochet sur l'autre rive du Danube.

L’Autrichien est ventripotent, habillé d’une culotte de peau à bretelles, d’une chemise à carreaux, et d’un chapeau ridicule ; sa compagne aime à s’affubler d’une robe à froufrous avec des machins qui pendouillent de partout, et porte des chopes de bière, ce qui les qualifie d’office pour représenter leur pays aux championnats de lancer du poids.

Parmi les Autrichiens célèbres, citons Richard Strauss, inventeur de la danse qui tourne en rond, façon derviche tourneur, mais en moins moustachu ; Arnold Schwartzenegger, la terreur des typographes ; Erwin Schrödinger, qui toute sa vie s’employa à transformer des chats en morts-vivants ; et Sigmund Freud, sans qui les rapports de l’Homme avec sa mère seraient nettement plus apaisés. On peut raisonnablement conclure de cette énumération que les Autrichiens ne servent à rien, sauf à nous compliquer la vie.

Enfin, les Autrichiens n’aiment pas les étrangers et aimeraient bien pouvoir rester enfermés chez eux, entre grands blonds, afin que nul petit brun râblé à moustaches ni aucune brune à foulard ne viennent jusque dans leurs bras leur piquer leur Wiener Schnitzel mit Kartoffelsalat.

Il s’agit là d’une excellente nouvelle, et la perspective de voir l’Autriche bordée de hauts murs, à l’intérieur desquels ne se trouveront plus que des Autrichiens pure race, ne peut que nous réjouir, mais à condition que tous ceux qui sont en dehors de leur pays rentrent immédiatement en Autriche, ce qui nous permettra au moins de savoir où ils sont, et de ne pas être obligés, chaque fois qu’on croise un grand blond dans la rue, de se demander avec une inquiétude bien légitime si par hasard il serait pas autrichien.







 

Posté par Professeur Bang à 10:38 - Commentaires [1] - Permalien [#]


04 mai 2016

Chronique de la mer, de ses joies et de ses peines

 

Rien n'est plus beau que la mer. L'homme des rivages l'a bien compris, qui passe le plus clair de son temps à pêcher les coquillages, lorsque le temps est venu des grandes marées. Et l'homme du grand large n'aime rien tant que taquiner la sardine, le hareng, le cachalot. Parfois, il remonte un sous-marin dans ses filets, mais généralement il évite.

La mer exalte l'âme, appelle à l'aventure, développe le poumon, burine le visage de l'homme, ce qui l'aide à séduire. Elle fourmille d'animaux étranges qui excitent l'ichtyologue ; elle procure une retraite aux ouvriers des arsenaux. Elle est toujours chérie par l'homme libre, comme le rappelait Baudelaire ; et la marée est dans le coeur de Léo Ferré, en lui remontant comme un signe (*).

Certes, parfois, la mer n'est pas bonne camarade avec l'homme : elle emporte son navire, dont il ne reste plus que quelques planches ; l'homme s'allonge sur le radeau en agitant un drap ; il mange distraitement un bout mal cuit du dernier mousse en posant pour un peintre ; parfois, il tombe à l'eau et est agrippé par le tentacule d'une pieuvre géante, tandis qu'un requin lui mord un mollet ; cela lui rappelle l'époque où il était facteur. Il nage péniblement jusqu'à une île déserte où il rencontre un indigène en pagne qui le mange à son tour. On voit par là une efficace illustration du cycle de la vie.

Mais tous ces légers désagréments ne font pas oublier à quel point la mer est chérie par l'homme, qui lui rend visite, lorsque les beaux jours reviennent. Il loue un pédalo, qui lui permet, mais uniquement quand il est en grande forme, de tirer un skieur. Il marche pieds nus dans le sable, y creuse des trous avec une pelle en plastique. Parfois, le trou s'effondre et l'homme reste au fond en attendant la marée : il flottera pour remonter. Le soir venu, il pèle du front mais il est heureux. 

Le soleil revient dès demain, nous prédisent les météorologues.

 

 

(*) si quelqu'un a compris le sens des paroles de "La mémoire et la mer", qu'il veuille bien me faire signe. Forte récompense.

Posté par Professeur Bang à 17:26 - Commentaires [0] - Permalien [#]

01 avril 2016

Pourquoi la Terre n'est pas ronde



Ceux qui prétendent que la Terre est ronde se mettent, si on veut bien me passer l’expression, le doigt dans l’oeil, qui lui, l’est.

Il n’est qu’à regarder la surface de notre planète pour constater qu’elle est pleine de creux et de bosses, de sillons, de pics, de trous, de chausse-trapes.

L’Homme ayant pris pour habitude de vivre sur cette grosse boule pleine d’aspérités, monte sur les bosses avec de grosses chaussures, un piolet, une culotte de peau, en chantant des airs autrichiens ; son frère se baigne dans les trous, remplis d’eau par la grâce de la gravitation universelle, durant une période de l’année appelée “vacances” ; armé d’un seau et d’une pelle, il creuse encore davantage le bord des océans afin d’élargir l’espace de ses récréations ; puis, il rentre au logis et tire sur les bouts de sa peau qui pèle. Parfois, il fait tomber son sandwich dans le sable, ou perd un enfant qui a creusé trop profond ; mais à la veillée, il repense aux joies de la journée, bénit le Ciel d’avoir créé un Monde si peu parfait qu’il lui permet de le modeler à sa guise, et oublie ces quelques petits désagréments.

De menus espaces assez plats permettent au demeurant de jouer au billard, de poser des navettes spatiales ou de gouverner les pays sur des bureaux où de tendres photos de familles sont posées à côté du bouton nucléaire.

Mais on voit par là que si la Terre était parfaitement ronde comme d’aucuns prétendent, l’Homme dépérirait pour n’avoir point de vacances, que les bureaux seraient incurvés, et que les petites causes ont parfois de grands effets.

 

 

Posté par Professeur Bang à 17:11 - Commentaires [0] - Permalien [#]

06 janvier 2016

Veillée d'armes

La lune est cachée dans la brume, mais laisse une très confuse lueur à laquelle l’œil s’habitue à tâtons. Bientôt, à l'horizon, les premiers rayons de l'aube rappelleront à l'homme que le Soleil apparaîtra, inexorable. Le stress monte. Oppressée, sa compagne se rapproche ; elle se blottit un moment entre ses bras, puis se reprend : dans quelques minutes, il lui faudra être forte. Ne pas flancher lorsque sera venu le temps de l'épreuve. 

Il n'ont pas beaucoup dormi, cette nuit. Leur vie a défilé devant leurs yeux ; ils se sont rappelés leurs bons moments, mais aussi les échecs, les engueulades ; ils en ont ri, se disant que tout cela était vain. Le passé s'efface désormais ; il leur faudra être fort, à présent, pour affronter ce qui les attend.

Inutile de laisser branchée l'alarme du réveil : ils ne se rendormiront pas. Leurs sens sont en éveil, le moindre bruit les alerte. Bientôt, ils le savent, ils le sentent, l'excitation sera à son comble. Le combat va les transcender.

Mais déjà Aurore attèle Phaéton et Lampos au char de Hélios et s'apprète à ouvrir les portes du jour. Un vent glacé et sombre, sinistre, se diffuse dans les rues blêmes qu'il faudra arpenter, tandis que la brume tamisera la lumière blafarde du petit matin d'hiver.

L'homme se souvient de ce qu'il devra faire, et qu'il a répété mentalement durant toute la nuit  ; il tente de se montrer rassurant, mais il n'en mène pas large ; la femme prend son sac, qu'elle serre contre elle, l'oeil décidé. Ce mélange de peur et d'excitation les fait frissonner en même temps ; ils en sourient, mais restent concentrés sur la tâche qui les attend.

Ils savent que dans quelques minutes, désormais, il faudra affronter l'adversaire ; qu'il n'y aura pas de quartier ; que rien n'est à attendre de ceux et celles qu'ils devront combattre à mort.

Et soudain, c'est le moment ! Plus question de gamberger ! Enfin l'action !  Désormais, ils ne peuvent plus reculer. Ils se font un rapide baiser d'adieu ; peut-être le dernier ; puis sortent dans la rue et partent chacun de leur côté, après avoir jeté vers l'autre un ultime regard que brouillent l'émotion et l'excitation.

Le combat sera sans merci. 

Ce soir, si tout va bien, l'homme reviendra, triomphant, avec un téléviseur écran plat à - 40 % ; la femme avec ce chapeau repéré la veille, dont elle espérera obtenir - 50 %. 

La mère de toutes les batailles, celle des soldes, a commencé.

 

 

 

Posté par Professeur Bang à 09:00 - Commentaires [0] - Permalien [#]

16 décembre 2015

Vive la COP21 !



Voici donc l’automne le plus doux depuis la nuit des temps, si on en croit les statisticiens de la Météo. En tous cas, c’est ce qu’en disent les journaux. Le soleil brille, les chats se dorent sur les balcons, les pharmaciens sont inquiets. Ils scrutent le ciel dans l’espoir de voir apparaître une nuée salvatrice. Sur le pas de la porte de leur officine, ils espèrent qu’un piéton sera fauché par une voiture, afin d’être quelque peu dédommagés.

Des bourgeons s’affolent au milieu des feuilles mortes ; le jardinier redoute le gel qui pourrait les faire souffrir. Il y tient, à ses bourgeons, les pouponne, les cajole, il ne veut pas qu’il leur arrive malheur.

Ce réchauffement a aussi des conséquences terribles, et ça ne date pas d'hier, car, on ne rigolait pas tous les jours à la fin du 19ème siècle, ainsi que le rappelait Albert Samain :

"Le vent tourbillonnant, qui rabat les volets,
Là-bas tord la forêt comme une chevelure.
Des troncs entrechoqués monte un puissant murmure
Pareil au bruit des mers, rouleuses de galets."

Mais désormais les choses ont évolué de façon bien plus défavorable : en effet, la bière belge ne peut plus fermenter comme on le voudrait, nous rappelle le Parisien. Pour un refroidissement optimal, il doit faire entre moins trois et huit degrés, nous explique le brasseur. Or, que ferait-on sans bière brassée dans ces conditions, je vous le demande ?

On voit par là l'urgence qu'il y avait à réunir la COP21 et je remercie du fond du coeur l'ensemble des participants à cet événement mondial, qui changera la face du monde, et permettra aux générations futures de continuer à voir le grain du renouveau nourrir le moût de la fermentation des jours meilleurs dans le respect des levures sauvages qui continueront d'apporter le plaisir toujours renouvelé de la bière salvatrice dont les qualités gustatives et désaltérantes seront le ciment de la prospérité de l'espèce humaine.

 

 

 

Posté par Professeur Bang à 11:58 - Commentaires [1] - Permalien [#]

01 octobre 2015

Octobre



C’est en octobre que l’Homme éprouve de façon irrépressible le besoin de ramasser les feuilles mortes, sonner du cor de chasse, payer ses impôts fonciers, allumer le lampadaire du salon. L’Homme trouvera principalement les feuilles mortes sous les arbres, car la nature est prévoyante. On en collectera aussi dans les jardins publics, sous les statues dont le marbre blanc se détache plus aisément sur un fond de feuilles de marronniers. Pour ne pas attraper de lumbagos, on préférera utiliser l'aspirateur ou le travailleur immigré.

En octobre, l'Homme débronze peu à peu ; il revoit ses vacances d’été, lorsque le soleil du Midi brûlait les pâturages dont ne subsistait plus qu’une herbe jaune immangeable, et que la cigale écrasée par le Soleil suspendait son chant afin de ne pas déconcentrer le tireur à la pétanque. Envahi par la nostalgie, il scrute avec angoisse les prévisions météo. Il cherche une autre chaîne dans l’espoir d’en trouver de plus favorables. Accablé, il va parfois jusqu’à regarder Drucker.

En octobre l’Homme s’essuie les pieds avant de rentrer chez lui, remonte quelques bouteilles de la cave pour faire de la place à celles dont il va faire l'emplette à la foire aux vins ; le chat choisit sa place près de la cheminée, délaissant les lézards qui en profitent eux aussi pour se mettre en hibernation ; on voit par là que la nature a tout prévu ; les enfants portent de gros sacs qui feront plus tard le bonheur des ostéopathes.

“En octobre, reste sobre si tu ne veux susciter l’opprobre”, dit le proverbe. Mais l’Homme fait fi de ce précepte. Sur sa table, dans la cuisine obscure pavée de tomettes grasses et polies par les ans, se pressent des choucroutes, du lard, de la potée, des chevreuils, de la girolle ; quelques amanites précipitent les successions ; plus tard le fromage à raclette succédera à l’huître agacée au citron ; le maître de maison humectera tout cela au syrah, merlot, cabernet franc, ou muscat d’Alexandrie ; puis il s’assoupira près de la cheminée. Pour rentrer de nouveau dans son maillot de bain, le printemps revenu, l'Homme se fera  couper un peu de peau du ventre, c’est promis. Un seul coup de ciseau et l’affaire est entendue. Il en fera un abat-jour. Ou alors il prendra la taille de maillot au dessus. C’est une question de budget. Alors, il n’a pas de raison de se priver. Après tout, ce n’est qu’un proverbe.

En octobre, l'Homme nostalgique repense à sa jeunesse, lorsque, vaillante sentinelle, il introduisait sa bière dans les guérites ; puis devant l'âtre fumant, il veille à ne pas laisser partir un petit feu de poutre.

En octobre, les brumes grisâtres rendent floues les perspectives. Dans les rues, les taxis sont tous de la même couleur. Seule la petite lumière verte sur leur toit donne espoir au piéton fourbu qui veut rentrer devant sa cheminée. Mais le taxi ne s’arrête que là où il a le droit de s’arrêter ; il s’évanouit dans la brume et laisse le piéton dans sa solitude humide et froide. L'esprit du piéton vagabonde alors sous le crachin ; il décide de recréer le MRP, qu’il baptisera “Mouvement pour le Retour du Printemps” ; il appellera à défiler sous la pluie et les banderoles, en scandant des slogans météorologiques ; élu triomphalement sur ce programme il abrogera le retour à l'heure d'hiver, qui fait partir et rentrer chez soi de nuit, et exigera la tenue d'une conférence internationale consacrée à l'abolition universelle de l'hiver.

En octobre, l'Homme rêve, regrette sa condition, et envie celle des chats et des lézards.

 

 

 

 

Posté par Professeur Bang à 08:30 - Commentaires [2] - Permalien [#]