La lune est cachée dans la brume, mais laisse une très confuse lueur à laquelle l’œil s’habitue à tâtons. Bientôt, à l'horizon, les premiers rayons de l'aube rappelleront à l'homme que le Soleil apparaîtra, inexorable. Le stress monte. Oppressée, sa compagne se rapproche ; elle se blottit un moment entre ses bras, puis se reprend : dans quelques minutes, il lui faudra être forte. Ne pas flancher lorsque sera venu le temps de l'épreuve. 

Il n'ont pas beaucoup dormi, cette nuit. Leur vie a défilé devant leurs yeux ; ils se sont rappelés leurs bons moments, mais aussi les échecs, les engueulades ; ils en ont ri, se disant que tout cela était vain. Le passé s'efface désormais ; il leur faudra être fort, à présent, pour affronter ce qui les attend.

Inutile de laisser branchée l'alarme du réveil : ils ne se rendormiront pas. Leurs sens sont en éveil, le moindre bruit les alerte. Bientôt, ils le savent, ils le sentent, l'excitation sera à son comble. Le combat va les transcender.

Mais déjà Aurore attèle Phaéton et Lampos au char de Hélios et s'apprète à ouvrir les portes du jour. Un vent glacé et sombre, sinistre, se diffuse dans les rues blêmes qu'il faudra arpenter, tandis que la brume tamisera la lumière blafarde du petit matin d'hiver.

L'homme se souvient de ce qu'il devra faire, et qu'il a répété mentalement durant toute la nuit  ; il tente de se montrer rassurant, mais il n'en mène pas large ; la femme prend son sac, qu'elle serre contre elle, l'oeil décidé. Ce mélange de peur et d'excitation les fait frissonner en même temps ; ils en sourient, mais restent concentrés sur la tâche qui les attend.

Ils savent que dans quelques minutes, désormais, il faudra affronter l'adversaire ; qu'il n'y aura pas de quartier ; que rien n'est à attendre de ceux et celles qu'ils devront combattre à mort.

Et soudain, c'est le moment ! Plus question de gamberger ! Enfin l'action !  Désormais, ils ne peuvent plus reculer. Ils se font un rapide baiser d'adieu ; peut-être le dernier ; puis sortent dans la rue et partent chacun de leur côté, après avoir jeté vers l'autre un ultime regard que brouillent l'émotion et l'excitation.

Le combat sera sans merci. 

Ce soir, si tout va bien, l'homme reviendra, triomphant, avec un téléviseur écran plat à - 40 % ; la femme avec ce chapeau repéré la veille, dont elle espérera obtenir - 50 %. 

La mère de toutes les batailles, celle des soldes, a commencé.