Ceux qui prétendent que la Terre est ronde se mettent, si on veut bien me passer l’expression, le doigt dans l’oeil, qui lui, l’est.

Il n’est qu’à regarder la surface de notre planète pour constater qu’elle est pleine de creux et de bosses, de sillons, de pics, de trous, de chausse-trapes.

L’Homme ayant pris pour habitude de vivre sur cette grosse boule pleine d’aspérités, monte sur les bosses avec de grosses chaussures, un piolet, une culotte de peau, en chantant des airs autrichiens ; son frère se baigne dans les trous, remplis d’eau par la grâce de la gravitation universelle, durant une période de l’année appelée “vacances” ; armé d’un seau et d’une pelle, il creuse encore davantage le bord des océans afin d’élargir l’espace de ses récréations ; puis, il rentre au logis et tire sur les bouts de sa peau qui pèle. Parfois, il fait tomber son sandwich dans le sable, ou perd un enfant qui a creusé trop profond ; mais à la veillée, il repense aux joies de la journée, bénit le Ciel d’avoir créé un Monde si peu parfait qu’il lui permet de le modeler à sa guise, et oublie ces quelques petits désagréments.

De menus espaces assez plats permettent au demeurant de jouer au billard, de poser des navettes spatiales ou de gouverner les pays sur des bureaux où de tendres photos de familles sont posées à côté du bouton nucléaire.

Mais on voit par là que si la Terre était parfaitement ronde comme d’aucuns prétendent, l’Homme dépérirait pour n’avoir point de vacances, que les bureaux seraient incurvés, et que les petites causes ont parfois de grands effets.