L’Autriche est appelée ainsi parce qu’elle est principalement peuplée d’Autrichiens. On voit par là que la langue française est parfois pragmatique, et qu’elle ne manque pas d’une certaine logique, de sorte qu’il nous est permis de savoir au moins où se trouvent les Autrichiens.

Un certain nombre d’Autrichiens se regroupent dans une ville dénommée Vienne, pour qu’on la confonde avec un département français ou une sous-préfecture de l’Isère. Voilà un premier signe de la duplicité de l’Autrichien, qui devrait nous mettre en garde.

Le charme de Vienne est décadent, et la ville est peuplée de grosses dames gloutonnes qui avalent des gâteaux à la crème ressemblant à leurs églises, en essuyant leurs joues sucrées avec des mouchoirs en dentelle tyrolienne, tandis que leurs maris surveillent les Slovaques qui taquinent le brochet sur l'autre rive du Danube.

L’Autrichien est ventripotent, habillé d’une culotte de peau à bretelles, d’une chemise à carreaux, et d’un chapeau ridicule ; sa compagne aime à s’affubler d’une robe à froufrous avec des machins qui pendouillent de partout, et porte des chopes de bière, ce qui les qualifie d’office pour représenter leur pays aux championnats de lancer du poids.

Parmi les Autrichiens célèbres, citons Richard Strauss, inventeur de la danse qui tourne en rond, façon derviche tourneur, mais en moins moustachu ; Arnold Schwartzenegger, la terreur des typographes ; Erwin Schrödinger, qui toute sa vie s’employa à transformer des chats en morts-vivants ; et Sigmund Freud, sans qui les rapports de l’Homme avec sa mère seraient nettement plus apaisés. On peut raisonnablement conclure de cette énumération que les Autrichiens ne servent à rien, sauf à nous compliquer la vie.

Enfin, les Autrichiens n’aiment pas les étrangers et aimeraient bien pouvoir rester enfermés chez eux, entre grands blonds, afin que nul petit brun râblé à moustaches ni aucune brune à foulard ne viennent jusque dans leurs bras leur piquer leur Wiener Schnitzel mit Kartoffelsalat.

Il s’agit là d’une excellente nouvelle, et la perspective de voir l’Autriche bordée de hauts murs, à l’intérieur desquels ne se trouveront plus que des Autrichiens pure race, ne peut que nous réjouir, mais à condition que tous ceux qui sont en dehors de leur pays rentrent immédiatement en Autriche, ce qui nous permettra au moins de savoir où ils sont, et de ne pas être obligés, chaque fois qu’on croise un grand blond dans la rue, de se demander avec une inquiétude bien légitime si par hasard il serait pas autrichien.