La neige est détestable : c’est froid, c’est mouillé, ça glisse, et ça amuse les enfants. Toutes raisons pour lesquelles elle devrait être interdite.

Le froid est l’ennemi de l’espèce humaine. Dans les bureaux, l’Homme ne peut se concentrer sur sa tâche en raison du bruit que font ses dents qui claquent. L’encre gèle dans les stylos, et le café tombe en paillettes au fond de la tasse. L’aspect bleuâtre de l’employé de bureau intrigue ; le médecin légiste l’examine, préoccupé ; il est temps de songer à allumer le poële. On voit par là que l’Homme est astucieux, ce qui le distingue du dinosaure, qui a disparu, dit-on, parce qu’il n’avait pas de poële à charbon.

L’humidité perturbe les relations de voisinage. Les ménagères hésitent à se mouiller jusqu’aux cuisses pour traverser la rue lorsqu’elles veulent parler à la voisine ; les gouttières font ploc ploc dans les jardins des voisins ; des huissiers de justice en imperméable viennent constater la chose et signifier des assignations ; les enfants jouent beaucoup moins longtemps dans les caniveaux ; les chats passent la matinée sous les couettes au lieu de chasser les lézards, au demeurant peu nombreux à cette époque de l’année ; les marchands de bottes se frottent les mains après avoir ôté leurs gants.

La neige ne glisse que lorsqu’elle est arrivée au sol. C’est scientifique. Nul n’a jamais réussi à glisser sur de la neige en suspension, c’est ainsi. Ne me demandez pas pourquoi. Afin d’éviter les désagréments de la neige qui glisse, évitez donc les endroits où elle est tombée. En janvier, préférez par conséquent une plongée à Rangiroa : c’est humide, mais supportable et les poissons sautilleront joyeusement autour de vous, contrairement à la ménagère que ses bottes rendent moins agile.

Rien dans l’existence n’est plus odieux, à part peut-être les lardons dans la carbonara, que la joie dans les yeux d’un enfant. Ces êtres inachevés bouffis d’égoïsme stupide et gavés de macdos gras, se ruent sur la moindre plaque de verglas pour s’y élancer, se rêvant médaillés olympiques. Puis, ils sautent au cou de leurs parents pour leur administrer d'autorité un baiser froid, humide et chargé de microbes ; de retour au logis, les parents toussent ; ils gémissent sous le feu qui monte à leurs tempes ; puis, ils s’éteignent tristement sous la grippe, après avoir reçu l’extrême-onction des mains du prêtre dont l’étole est couverte de neige ; le notaire réunit la famille et ça fait des histoires.

On voit par là que, face aux intempéries qui s’annoncent, il faut penser à allumer le poële à charbon, acheter des bottes, et partir sous les tropiques. Mais sans les enfants.