La nuit est déjà tombée depuis bien longtemps, en cet automne sinistre, et la bruine lèche désagréablement le visage des quelques rares passants qui pressent le pas pour rentrer se réfugier chez eux, au chaud.

Un homme vêtu de gris se présente, furtif, devant le gardien de la grande bâtisse. Il lui glisse un mot à l’oreille en veillant à ne pas se faire repérer. Le gardien regarde à droite et à gauche, et lui fait signe de passer après avoir entrouvert une petite grille, jusque là difficile à discerner dans le brouillard qui tombe. Puis, il referme vite la porte et continue de guetter.

Une autre silhouette approche de la grille, puis une troisième. Seule la Lune les éclaire, les lumières de la rue ayant été éteintes pour on ne sait quelle raison.

Au loin, quelques bruits de moteurs montrent que dans la grande ville, la vie continue, mais sans pour autant troubler la quiétude de cette heure où tout semble tourner au ralenti.

Les ombres sont désormais réunies dans le parc, près de l’entrée arrière du Palais. Visiblement, ces personnes se connaissent, et attendent qu’on vienne leur ouvrir. Une chouette ulule dans le silence du parc, et l’un d’eux se retourne, frissonnant.

Mais bientôt, la lumière du rez-de-chaussée du Palais s’allume ; un personnage  s’avance et leur fait signe d’entrer. C’est un petit bonhomme sans grâce à lunettes, boudiné dans un costume trop étroit, et portant encore une cravate incongrue à cette heure avancée de la nuit.

Sans un bruit, les trois ombres furtives le suivent, deux hommes et une femme ; ils atteignent une pièce en sous-sol meublée de bureaux métalliques sur lesquels sont disposés des écrans, des casques, et des magnétophones à bandes. Ils prennent place autour d’une table, seulement éclairés par trois petites lampes de bureau qui répandent une lumière blafarde. Nul bruit ne vient troubler cette ambiance studieuse, mais sinistre.

- Personne ne vous a vus entrer ? demande le maître des lieux.

Les trois invités répondent par la négative, et le petit bonhomme a l’air satisfait, et rassuré. Il enchaîne :

- Alors, quoi de nouveau depuis notre dernière réunion ?

- D’après l’institut de sondage que je dirige, Fillon devrait gagner la primaire.

- Etonnant, mais bon, admettons.

La femme prend la parole :

- Je peux préparer un dossier sur lui pour fin janvier : j’ai l’appui de sa femme, qui ne veut pas qu’il soit élu, et qui nous donnera des infos.

- Merci, madame la Procureure.

Le troisième, jusqu’ici silencieux et qui prenait des notes, intervient enfin :

- Quant à moi, monsieur le Président, je n’ai plus qu’à publier tout ça quand vous me le demanderez. Mais, en échange, puis-je avoir une information ?

- Dites toujours...

- Est-ce que vous allez vous représenter ?

- Evidemment : sinon pourquoi organiserais-je tout ça ?

 

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