"Mai se compose essentiellement de trente et un jours si habilement distribués qu'ils forment tous les ans le cinquième mois de l'année", disait le regretté Alexandre Vialatte. 

Comme son nom l’indique, le mois de mai est idéalement situé entre le début du Printemps et la fin du Printemps qui, dans les zones tempérées, coïncide souvent, et c’est amusant, avec le début de l’été. Un ami habitant en Nouvelle-Zélande m’indiquait toutefois récemment que cette analyse peut se discuter, en prétendant que ce mois était plutôt situé au début de l’Automne, mais l’Anglo-Saxon est d’un naturel chipoteur. Et d'ailleurs, il a tort, car sinon on appellerait le mois de mai le mois de novembre.

La canaille révolutionnaire avait, quant à elle, fixé au 12 Floréal le premier jour du mois de mai, ce qui, convenons-en, avait beaucoup moins de gueule, et il est heureux que la France se soit ressaisie pour revenir à l'ancienne dénomination, sans quoi le fameux défilé du 1er mai se serait appelé le défilé du 12-Floréal, ce qui aurait plongé l'ouvrier dans l'expectative.

Pour fêter l’arrivée des beaux jours, de charmantes traditions subsistent, et doivent être préservées afin de conserver ce patrimoine qui fait la gloire de notre Civilisation. C'est ainsi que le Périgourdain collecte la rosée de mai à l’aube pour se laver ; puis il marche pieds nus dans la prairie au lever du jour pour s’en humecter ; après quoi il claque des dents et se coule fiévreux sous l’édredon, non sans avoir pris la précaution préalable de s’enduire le corps de graisse de canard pour se réchauffer. Le Normand fait la même chose avec de la crème fraîche, et le Provençal avec de l’huile d’olive. On voit par là que les traditions séculaires se nourrissent des expériences croisées des voyageurs.

De grands rassemblements se tiennent en mai, afin de planter des arbres destinés à honorer publiquement les élus locaux, ou à conspuer les élus nationaux. Dans ce dernier cas, les arbres sont plutôt déracinés et jetés en travers des avenues. On soulève les pavés pour voir si dessous se trouve la plage. Des automobiles flambent, comme à chaque Saint-Sylvestre, ce qui permet d'inscrire cette tradition dans la durée. Les trains sont arrêtés, ce qui permet au voyageur de profiter lui aussi de la rosée. On profite de l’arrivée des beaux jours pour repeindre les murs des facultés. Parfois, on organise des concours de lancers de toutes sortes d'engins fumigènes. Des bébés dans des landaus dévalent des escaliers comme à Odessa.

Chaque année dont le millésime se termine par un 8, on souhaite renouveler cette coutume originale, et les années qui suivent d’importantes élections sont également l’occasion pour ceux qui ont été battus de tenter ainsi une revanche, ce qui est bien compréhensible. Puis, la fin du mois voyant approcher l'arrivée de l'été, le militant vérifie que le train pourra l'emmener sur son lieu de vacances, où, à l'ombre des platanes, en sirotant son pastis, il pourra impressionner l'autochtone en lui racontant sa guerre de mai.

On voit par là qu’à l’instar de nombreux autres endroits du monde, la France est une terre de contrastes où peut cohabiter un modernisme débridé et le respect d’ancestrales traditions qui contribuent notablement à son charme.