Depuis quelques jours, le temps est venu où il fait, paraît-il, un peu plus beau que le reste de l'année (sauf la période de 2012 à 2017 où François Hollande nous a porté la schkoumoune, question météo), et où certains se sont sentis obligés de partir en vacances, pendant que d'autres y songent, en comptant les jours qui les en séparent.

Désolé de casser l'ambiance, mais là je m'insurge.

Les vacances sont la partie la plus stupide de l'année, et je pèse mes mots.

Alors voilà, dès qu'arrive la fin du mois de juin, sous prétexte que depuis 1936 la canaille socialiste a eu l'idée de forcer les patrons nourriciers à payer les ouvriers à ne rien foutre pendant une partie de l'été, le citadin n'a plus qu'une seule idée en tête : se précipiter sur les plages au milieu des Allemands, au pied des montages avec les vaches, ou s'emmerder chez tata Ginette, paumé au milieu de la campagne, tout ça au lieu de bosser, et après on se demande où va la France.

Les vacances sont la conséquence désastreuse du laxisme des gouvernements faibles face aux revendications ahurissantes des syndicats, et permettent désormais à n'importe quelle feignasse de tourneur-fraiseur d'accéder en marcel et en tongs à des endroits où, aux bons temps, on ne pouvait accéder qu'en Rolls et en smoking.

Et quand on leur demande pourquoi, à tous ces aspirants vacanciers, le grand mot est lâché : ils veulent du soleil. Et pour quoi faire, je vous pose la question ?

D'abord, le Soleil c'est très surfait. Après tout, ce n'est qu'un gros machin rond impossible à regarder en face, qui tourne bêtement autour de la Terre, et j'aimerais bien qu'on me démontre le contraire. Si le Soleil peut parfois dessécher plus rapidement quelques vieux, permettant ainsi de faire de substantielles économies aux caisses de retraite, à part ça je n'en vois pas trop l'utilité, alors hein bon.

Par contre, le Soleil ramollit le travailleur qui, dans une douillette quiétude, loin de son marteau-piqueur ou de son chef de rayon, se laisse aller à la dérive somnolente du farniente matinal, ne levant une timide paupière qu'à l'approche de l'Ami Ricoré, et dont le torse huilé est une agression à toute forme d'esthétisme ; puis lorsque revient le temps de reprendre le labeur qui seul justifie son existence, il n'est plus qu'une larve ahurie dont le cerveau ramolli n'est peuplé que d'images de plages de sable fin totalement hors de propos avec les aspirations de celui qui le nourrit : son employeur. Sans compter qu'il pèle du front.

Alors je vous vois venir, et vous allez me dire que le Soleil n'est pas tout, et que les vacances ça peut être aussi le dépaysement, le changement d'air, la détente loin du quotidien, et youkaïdi youkaïda.

Désolé, mais je redis non. Car enfin, vous préférez quoi ?

La mer, où des Hollandais rouges comme des drapeaux chinois vous balancent leur sable en secouant leur serviette à l'effigie de la reine Béatrix, et où des enfants vous escagassent les coups de soleil à coups de frisbee, quand ce n'est pas de ridicules boules de pétanque en plastique ?

La montagne, où vous ne pouvez même pas trouver de la 4G pour consulter vos mails devant cette rivière à la con qui fait un bruit d'enfer et vous empêche d'écouter votre messagerie ?

La campagne, où tata Ginette, qui certes vous héberge gracieusement, vous oblige en contrepartie à assister à la foire aux bestiaux de Laissac (Aveyron - canton de Lot-et-Palanges) et à goûter ses tripoux maison ?

Vous trouvez que ça vaut le coup de se traîner des heures dans les bouchons dès la sortie de Vierzon avec ces cons de gosses qui râlent à l'arrière, même qu'une bonne paire de baffes ça les calmerait (et vous aussi, par la même occasion) ?

Mes chers compatriotes, alors que vous pouvez contribuer à l'effort national de redressement de notre Patrie, je vous en conjure, renoncez à vos congés cet été.

Ainsi je forme le voeu sincère et légitime de voir bientôt se lever le bon grain de la réussite sur les champs arrosés de la sueur du travailleur, dont le bras rejettera l'ivraie de l'oisiveté tentatrice (chauve) et participera au redressement productif de la France.